Petit éloge - janvier 2007

En janvier 2007, paraissaient les cinq premiers petits éloges de Folio : premiers essais d’une entreprise qui perdure encore aujourd’hui (deux nouveaux sont parus en mai de cette année, dont je vous parlerai prochainement), bien qu’elle s’essouffle. Ces premiers volumes ne sont d’après moi pas les meilleurs de la collection : j’ai déjà évoqué mon coup de cœur pour le Petit éloge de la mémoire, voici à présent mes coups de griffe plus ou moins virulents contre les quatre autres.

Petit éloge d’un solitaire
Richard Millet
(relu en mai 2013)

Libellés : biographie, témoignage.

De ce petit éloge, j’avais gardé le souvenir d’une déception liée à un malentendu : malgré le titre, je m’étais attendue à lire un « petit éloge de la solitude », un sujet qui m’intéressait beaucoup à l’époque. Ma déception avait donc été à la hauteur de mes attentes lorsque j’avais découvert le « petit éloge d’un solitaire », c’est-à-dire du grand-père de l’auteur.

Mieux prévenue pour cette relecture, j’étais parfaitement disposée à apprécier à sa juste valeur ce texte, mais… Non, décidément, je bute toujours sur un élément inattendu qui me déstabilise et m’éloigne de ce récit. Il s’agit cette fois de la propension de Richard Millet à la digression. Il annonce tout d’abord son intention de rendre hommage à son aïeul mort peu de jours après sa naissance, puis commence à en raconter l’enfance, avant de s’interrompre fréquemment pour s’interroger sur la difficulté d’écrire sur autrui ou pour commenter un trait de caractère dont il a hérité. Ces dernières remarques m’ont d’ailleurs amené à me demander qui était vraiment le solitaire dont l’éloge était fait, l’aïeul ou l’auteur lui-même… Au milieu de tous ces détours, intéressants mais fort répétitifs, l’histoire qui devait nous être contée paraît bien maigre, et l’éloge absent : c’est un aspect assez décevant, quand je pense à d’autres volumes de la collection bien plus réussis de ce point de vue.

[Richard Millet, Petit éloge d’un solitaire, Paris, Gallimard, coll. Folio 2€, 2007.]

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Petit éloge du temps présent
Jean-Marie Laclavetine
(relu en mai 2013)

Libellés : témoignage.

En relisant mon premier avis à propos de ce petit éloge, je me suis rendu compte que ma relecture ne m’avait pas laissé d’autre impression, sinon que j’avais mieux cerné ce qui m’avait déplu la première fois.

L’auteur développe une série de petits éloges qui devraient tous contribuer à celui du temps présent : j’utilise le conditionnel, car je n’ai personnellement pas compris en quoi il était fait l’éloge du temps présent, ni comment il fallait comprendre ce terme, à la façon de Ronsard ou dans une optique de contemporanéité (ou encore autrement ?) Au-delà de ce manque de clarté globale, chaque chapitre forme un petit ensemble cohérent et indépendant, qui parle plus ou moins à chaque lecteur en fonction de ses affinités avec le sujet. C’est là que le bât a blessé pour moi : excepté l’éloge du vieux con qui m’a amusée, je me suis peu retrouvée dans l’univers déployé et sais que je suis passée à côté de plusieurs références, notamment lorsqu’il était question du personnel de la maison d’édition Gallimard. Enfin, je n’ai malheureusement pas été plus convaincue par la forme que par le fond : l’auteur adresse parfois des critiques acerbes à la société actuelle pour faire l’éloge d’un autre aspect par cette comparaison ; c’est un procédé qui me déplaît souvent et ne correspond selon moi pas à la forme de l’éloge annoncée.

Une retrouvaille manquée pour moi.

[Jean-Marie Laclavetine, Petit éloge du temps présent, Paris, Gallimard, coll. Folio 2€, 2007.]

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Petit éloge de l’excès
Caryl Férey
(relu en mai 2013)

Libellés : nouvelles, témoignage.

Pour faire l’éloge de l’excès, Caryl Férey a fait le choix de le montrer à travers quelques nouvelles ou petits récits personnels, souvent sous forme de portraits moraux. Il se reconnaît lui-même assez excessif et rend hommage à cette façon d’être, qui jouera pourtant des tours aux protagonistes des nouvelles La mort de ma vie et Le baiser de feu. Ce dernier texte est incontestablement celui qui m’a le plus plu dans cette série : le suspense est très bien maintenu, les révélations successives savamment calculées et la chute très bien amenée. J’ai en revanche été moins sensible aux textes relevant du témoignage : les excès de l’auteur n’ont pas retenu mon attention et ont eu tendance à m’agacer par leur agressivité ou leur noirceur.

[Caryl Férey, Petit éloge de l’excès, Paris, Gallimard, coll. Folio 2€, 2007.]

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Petit éloge de la peau
Régine Detambel
(relu partiellement en juin 2013)

Libellés : anthologie.

Enfin, mon avis change dans le bon sens ! J’avais gardé un très mauvais souvenir de ce Petit éloge de la peau et l’impression désagréable de n’y avoir rien compris. Cette seconde impression demeure, mais partiellement seulement. Régine Detambel, qui s’est intéressée de près au sujet choisi, tant par son métier que par son œuvre littéraire antérieure, livre sous la forme d’une anthologie, quelques aphorismes ou anecdotes d’ordre mythologique, biblique, médicale, biologique, artistique ou encore littéraire. Certains passages demeurent obscurs à mes yeux novices ou m'ont dégoutée (les corps dépecés sont décidément peu faits pour une petite nature comme moi), mais plusieurs autres m’ont intéressée, notamment en faisant écho à une autre de mes lectures en cours sur le livre et sa matérialité.

[Régine Detambel, Petit éloge de la peau, Paris, Gallimard, coll. Folio 2€, 2007.]

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Dans la même série :
  • Octobre 2007 petit éloge : de la douceur, des grandes villes, de la jalousie, de l'enfance, de la bicyclette
  • Septembre 2008 petit éloge : des faits divers, de la haine, de la colère
  • Septembre 2009  petit éloge : de la vie de tous les jours, de la rupture, des petites filles, du catholicisme
  • Septembre 2010 petit éloge : des voisins, de la paternité
  • Septembre 2011 – petit éloge : de la joie, du cinéma d’aujourd’hui, de la première fois, des amoureux du silence
  • Septembre 2012 - petit éloge : des séries télé, des coins de rue
  • Mai 2013 - petit éloge : des vacances, du Tour de France
  • Septembre 2013 - petit éloge : des brunes, du désir
  • Joyeux Noël - petit éloge : de la mémoire, du sensible, de la gourmandise, de l'ironie

4 commentaires:

  1. Bon, je note l'existence de la collection, sachant que tous les titres ne sont pas forcément à la hauteur de l'attente...

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    1. Je crois que c'est un peu comme la Petite philosophie du voyage et comme toute collection unie autour d'un concept laissé à l'appréciation des auteurs : tout ne se vaut pas, tant au niveau qualitatif que de l'intérêt de chaque lecteur pour un sujet donné. Je sais que Marilyne a apprécié le Petit éloge de l'excès, contrairement à moi qui n'ai pas adhéré à l'univers de l'auteur. A toi de te faire une idée. ;)

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  2. Très tentée par le " petit éloge de la peau ", d'autant que j'ai découvert il y a quelques mois la plume de Régine Detambel avec le roman " Opéra Sérieux " qui m'avait soufflée.

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    1. Je crois que tu y trouverais davantage ton compte que moi. Il m'intéresse, mais je me perds vite d'une citation à l'autre. Opéra sérieux est le texte avec lequel j'aimerais poursuivre ma découverte de cette auteure, il me tente énormément (si tu as aimé, je peux considérer que c'est de bon augure pour le style et confirmer mon envie dans la liste)

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