La mer, le matin, Margaret Mazzantini



La mer, le matin, entre la Libye et l’Italie : une frontière autant qu’un lien entre deux peuples bien plus mêlés qu’ils ne le reconnaissent. Au fil de ce récit de Margaret Mazzantini, les voyages se font et se défont, depuis l’arrivée des italiens en Lybie pendant la colonisation jusqu’à ce qu’ils en soient chassés sous le régime de Kadhafi, puis jusqu’à un nouvel exode plus récemment. C’est lors de ce dernier que Farid et sa mère s’embarquent sur un bateau en direction de l’Europe, afin de fuir les hostilités déployées à leur égard. À cette occasion, l’enfant verra la mer pour la première fois, sans comprendre l’ampleur de la route qui l’attend : 
Ça lui est égal de laisser son passé derrière. C’est un enfant, il est trop petit pour avoir conscience du temps qui passe. Tout tient au creux d’une main, ce qu’il connaît comme ce qui l’attend. [p. 33] 

Sur l’autre rive, une autre mère vit avec son fils, héritiers eux aussi de cette histoire maritime entre les deux pays :
Angelina sait ce recommencer veut dire. Se retourner et ne plus rien voir, rien que la mer. Tes racines englouties par la mer, sans aucune raison acceptable. […] Il y a quelque chose qui n’appartient qu’au lieu où l’on est né. Tout le monde ne le sait pas. Il n’y a que ceux qui en sont arrachés de force qui le savent. [pp. 72-73] 
Petite fille, Angelina a fui la Libye avec ses parents et est restée marquée par cette enfance arabe interrompue. Tandis que Farid représente l’innocente espérance du départ, elle transmet quant à elle la nostalgie de l’exilé, sa souffrance et sa difficulté à s’enraciner à nouveau dans un nouveau monde, tant à cause des souvenirs que de l’attitude des autochtones. Sans plus être reconnus nulle part, comment ces hommes et ces femmes pourraient-ils retrouver des repères et reprendre leur vie ? 

Bien que le style m’a parfois semblé trop haché et désagréable à lire (j'ignore si c'est propre à l’écriture de l’auteure ou dû à la traduction), l’auteure parvient à peindre avec force et sensibilité la situation de ces exilés ballotés d’une rive à l’autre, dans ce roman très touchant (sans mièvrerie). 

[Margaret Mazzantini, La mer, le matin, trad. par Delphine Gachet, Paris, éd. Robert Laffont, coll. Pavillons, 2012.] 

* Jacques a dit : "les doubles initiales" *

8 commentaires:

  1. C'est marrant cette impression différente pour le style :)C'était un vrai coup de coeur pour moi. J'ai aimé la pudeur dans l'écriture, l'absence de fioritures, et l'histoire aussi beaucoup. En tout cas je suis contente que tu l'aies lu aussi car je trouve que c'est une histoire poignante, sans mièvrerie comme tu l'indiques, et qui parle de situations difficiles et perturbantes pour tous ces gens...
    Gros bisous Minou et belle journée :D

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    1. C'est peut-être justement cette absence de fioritures qui m'a dérangée par moments : j'aime les styles plus "ornés". En y repensant et à la lecture de ton commentaire, le style et l'histoire se correspondent assez bien : le style "dénudé" rend compte de ces gens à qui on a tout enlevé ou presque. Merci pour ton commentaire, Laure :)
      Gros bisous et belle journée à toi aussi.

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  2. Il est dans ma PAL, j'avais vraiment beaucoup aimé "Venir au monde". C'est rigolo, ce challenge Jacques a dit !

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    1. Je pense que ce roman te plaira. Je vais aller voir si tu as écrit un billet sur Venir au monde, il pourrait m'intéresser.
      L'idée du Jacques a dit de ce mois-ci est de moi (j'en suis assez fière) ; chaque participant peut proposer une contrainte, c'est assez sympa de pouvoir être en quelque sorte le créateur d'un challenge chaque mois sans se soucier de l'organisation.

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  3. Le thème est vraiment intéressant mais pour moi, le style reste too much (sauf en deuxième partie : ou alors, je me suis habituée ?). Bisous (enfin, le voilà cet article tant attendu)

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    1. Oui, le voilà, le fameux article (je n'ai été voir ta réponse à mon commentaire qu'aujourd'hui...) Je les rédige parfois en retard et j'aime laisser un petit mot chez celles qui m'ont tentées pour dire ma réaction.
      J'ai mieux compris ta réaction et je savais à quoi m'attendre grâce à toi. Je me demande vraiment si la traduction est à mettre en cause à ce sujet ou non.
      Bisous.

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  4. Cela a l'air extrêmement intéressant en effet (sans rapport, la photo de fond de ton blog est très belle !).

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    1. Merci pour ton commentaire et le compliment. :)

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