La méridienne du coeur, Aurelia Jane Lee



J'arpentais le bord de mer, sans relâche. A son image, j'étais calme et sans irrégularité, lisse, constante. Ce n'était qu'une apparence. Comme la mer, je cachais bien des choses. [p. 9]


Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette lecture aura suscité chez moi des sentiments très contrastés. Je ne sais pas vraiment déterminer si j’ai aimé ou non ce roman : j’en ai apprécié certains passages et détesté d’autres, et tous restent pour moi hermétiquement clos sur eux-mêmes, sans créer encore un sentiment global.

J’ai tout d’abord été charmée par le premier chapitre, La Perle, – qui m’avait décidée à l’achat d’ailleurs – et par cette marche solitaire à la plage : le ton très descriptif me convenait plutôt bien et me faisait imaginer ces lieux oniriques. Les choses ont commencé à se gâter lorsqu’un autre personnage est intervenu en s’adressant à la narratrice pour lui raconter l’histoire du vieil homme à la recherche d’une perle. Cet interlocuteur est vraiment « [a]rrivé comme un grain de sable étranger dans ma coquille. » [p. 14] Ce n’était malheureusement encore rien avant le chapitre suivant, révélant que le premier n’était qu’un rêve : celui-ci est alors analysé par Lil, la narratrice, et entraîne une série de réflexions plus ou moins décousues. Il en sera de même ensuite avec le songe du livre, dont la métaphore sera filée tout au long du récit.

Les idées exprimées sont assez intéressantes en elles-mêmes et interpellent d’autant plus qu’elles apparaissent souvent sous forme de questions à soi-même : elles interrogent la vie, l’amour et la façon de le vivre, la peur de la perte, l’(in)dépendance, la soif de perfection. Ce qui m’a malheureusement dérangée, c’est la façon dont elles sont exposées : l’héroïne étant assez perdue, le fil de ses pensées l’est également. Elle passe d’une idée à l’autre, livrant ses pensées sans les ordonner, comme elles lui viennent. Ce style peut plaire, si j’en crois certaines tendances actuelles de la production littéraire, mais ce n’est pas mon cas du tout. Tout cela change heureusement dans la deuxième et dernière partie du roman : après avoir été quittée par T., la narratrice se remet en question et retrouve un certain équilibre, tant dans sa vie que dans ses pensées, présentées de façon beaucoup plus suivies.

Enfin, au terme de cette lecture « en dents  de scie » pour moi, j’ai compris que ce roman était à relire : à la lumière des dernières pages, les premières s’éclairent et prennent véritablement sens. Chaque pensée jetée au fil du texte, souvent sous forme de métaphores simples mais très bien exploitées, chacun des rêves annonçait et préparait la fin : pour cette raison, ce qui m’avait semblé décousu est en réalité le détail – vu de trop près et indépendamment de l’ensemble lors de la première lecture – d’une fresque plus vaste et harmonieuse.

En conclusion, je ne peux que reconnaître la très bonne construction de ce roman, mais sans pouvoir oublier pour autant mes sentiments si contrastés et mon agacement pendant une grande partie de ma lecture.

[Aurelia Jane Lee, La méridienne du cœur, éd. Luce Wilquin, 2012] 

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14 commentaires:

  1. Actuellement je termine un recueil de nouvelles chez cet éditeur. Superbes objets, au fait, très soignés.

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    1. J'en ai repéré un, qui me tente assez bien, et celui dont tu m'avais parlé aussi.
      Tout à fait d'accord : ça fait plaisir de lire des livres aussi soignés.

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  2. Bon, pour l'instant, je vais en rester à ma petite sélection à attraper...

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    1. Et quelle est cette sélection actuellement ?

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    2. Ce n'est pas que j'ai le culte du secret mais tant que je n'ai aucun exemplaire entre les mains, j'aurai l'impression de vanter... ;-)

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    3. J'attendrai tes avis alors. ^^

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  3. Un style désordonné voire décousu... très peu pour moi également! Or, le sujet exploité semble intéressant... peut-être à lire lorsqu'on a toute la tête à cette lecture!

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    1. C'est moins décousu que Sur la pointe des mots, mais je crois que ça pourrait t'agacer aussi, en effet. Il est très court, donc il peut se lire d'une traite si on a une heure ou deux devant soi.

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  4. Tu énonces une forme d'agacement : je sens que je vais moins l'aimer du coup. Bisous et à bientôt.

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    1. C'est possible, oui... Bisous et à bientôt.

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  5. Tu as parfaitement exprimé ce que j'ai ressenti à la lecture de ce roman. Je n'ai vraiment pas accroché alors que j'avais vraiment bien aimé ses autres romans et recueils de nouvelles...

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    1. C'est vraiment dommage... Je tenterai certainement un autre de ses romans ou recueils de nouvelles grâce à toi, en tout cas.

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  6. tu as eu quelques réticences à noter
    je ne connais pas cet éditeur

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    1. C'est un éditeur belge que je découvre et invite à découvrir cette année, j'y reviendrai certainement dans le cadre du "challenge". J'aime beaucoup le format des livres, leur papier et le soin apporté à la création (aussi bien textuelle que matérielle) dont ils font preuve.

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